La scène rap haïtienne est entrée en ébullition après un échange virulent entre Toby Anbakè et Fantom. Un simple commentaire posté sur X, à la suite du concert de Fantom à Cap-Haïtien le dimanche 4 janvier 2025, a suffi pour déclencher une polémique brûlante mêlant mémoire collective et fierté capoise.
Le soir même de la prestation, Toby Anbakè, enfant du Cap-Haïtien, lâche une phrase lourde de sens : « Jan nèg sa di l rayi moun Okap epi se Okap li chwazi vin resisite. Wè lavi ». Une ironie mordante qui résonne comme un rappel public des propos passés de Fantom, accusé par certains d’avoir longtemps méprisé la ville et ses habitants avant d’y revenir sous les projecteurs.
Le lendemain, le « love rapper » assume et durcit le ton dans une vidéo de justification devenue virale. Il fustige l’attitude de « Nèg kò vè a », qu’il accuse de banaliser l’insulte et le manque de respect répétés : « Depi w raple l yon kaka l te voye, se egri w egri… Pa panse se tout moun ki pral niche bouda Fantom ». Un discours frontal, sans filtre, qui divise mais frappe fort.
Très vite, les réseaux sociaux s’embrasent. Pour une partie du public, Toby Anbakè dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. D’autres dénoncent une attaque inutile contre un artiste venu se produire devant son public. Mais le débat est lancé : peut-on effacer, d’un simple concert, des paroles jugées blessantes par le passé ?
Au-delà du clash personnel, cette polémique révèle une fracture plus profonde dans le rap haïtien : celle entre la liberté provocatrice des artistes et la mémoire des publics qu’ils prétendent représenter. Le Cap-Haïtien, cette fois, ne se contente pas d’applaudir. Il questionne, interpelle et exige du respect. Et dans cette bataille verbale, une chose est sûre : le débat dépasse désormais la musique.
